WORLD TRADE
CENTER. A New York, les partenaires du projet de reconstruction sont en conflit
financier. La nouvelle Freedom Tower pourrait être retardée.
Huit ans ont passé, et le ciel est toujours béant. Les touristes longent les barrières recouvertes d'un voile bleu, tentent d'apercevoir le gigantesque chantier qui grondent au-delà. Dans les rues alentour, les ouvriers prennent leur pause de midi. « C'est un boulot comme un autre », lâche l'un d'entre eux, avant de se fermer. « Ça va encore prendre quelques années, difficile à dire combien », me glisse un deuxième, qui s'éloigne au plus vite. A l'ombre des grues qui reconstruisent le World Trade Center, le mot d'ordre semble être à la méfiance.
Peut-être parce que la perspective actuelle n'est guère encourageante. Le plan global de Daniel Libeskind, révisé à la baisse en 2005, prévoit un musée souterrain, un mémorial comprenant deux fontaines à la place des anciennes tours jumelles, et six nouveaux gratte-ciels, dont la Freedom Tower, culminant à 533 mètres pour devenir le plus haut de la ville. Seul une tour a été construite, mais le mémorial est attendu pour le dixième anniversaire des attentats, en 2011.
New York Maquette du futur World
Trade Center. Exposition « A
Space Within » dédiée au futur mémorial, Center for Architecture,
Si tout va bien. Une dispute financière entre les deux principaux acteurs du site dure en effet depuis des mois. Silverstein Properties, qui paie un loyer pour construire trois tours, accuse l'Autorité Portuaire de New York et du New Jersey, propriétaire du site et responsable des projets publics (monument, gare, Freedom Tower), de retarder toute la reconstruction. Le constructeur exige, surtout, que dans le contexte économique actuel l'Autorité finance lesdites trois tours, et non une seule comme le propose le gouverneur de l'Etat, David Paterson. « Si les investisseurs privés ne sont pas prêts à soutenir M. Silverstein, pourquoi y mettre de l'argent public? », s'interroge un éditorialiste du New York Times.
De gros retards en vue?
Le
chantier du World Trade Center, New
York
Officiellement, les délais seront tenus. « Nous allons continuer à construire les bâtiments publics, et nous le ferons pour les dates annoncées », affirme Steve Coleman, porte-parole de la Port Authority. « Si vous voulez en savoir plus sur les autres projets, adressez-vous à Silverstein. » Mais personne ne m'a répondu à Silverstein, tandis que l'agence étatique Lower Manhattan Construction Command Center, qui aurait selon l'hebdomadaire Downtown Express mené une étude confidentielle concluant à de sérieux retards sur le site (2016 au lieu de 2013 pour la Freedom Tower), se refuse à tout commentaire. Le même rapport préviendrait que le mémorial ne sera peut-être pas prêt à temps pour 2011. La seule certitude est que le rythme ne va pas s'accélérer: Silverstein Properties a demandé une procédure d'arbitrage pour régler le conflit financier, procédure qui pourrait provoquer « des mois, voire des années de retard », selon le maire Michael Bloomberg, cité par Downtown Express. Steve Coleman se veut rassurant: « quoi qu'il advienne, nous continueront à construire de notre côté ».
Beaucoup d'intérêts en jeu
Les choix esthétiques ont également suscité des reproches. Au Centre pour l'architecture, qui accueille une exposition temporaire dédiée au futur musée-mémorial, les visiteurs semblent pourtant satisfaits. « J'ai entendu tellement de critiques, mais moi, franchement, j'aime bien », glisse un étudiant. « Garder un bon design est extrêmement difficile avec autant d'intérêts en jeu: ceux du gouvernement, des acteurs privés, des associations », rappelle Kimberly Brown, architecte travaillant à deux pas du site, qu'elle voit depuis son bureau. « Dans ce contexte, le mémorial est un grand succès. La Freedom Tower, par contre, contient trop de choses: elle veut faire référence au Brooklyn Bridge, à la Statue de la Liberté... C'est un triste substitut aux tours jumelles, qui étaient un modèle d'élégance. » Nostalgie ou débat nécessaire? La discussion sur le World Trade Center a encore de belles années devant elle.






