RESISTANCE- Depuis plus d'un mois, des
centaines de résistants honduriens ont franchi la frontière pour rejoindre le
Nicaragua. Pour l'instant silencieux et à l'affût, ces hommes peuvent à tout
moment décider de prendre les armes. Reportage.
Le nouvel emblème de la résistance hondurienne au
Nicaragua, celui du "Front morazaniste de résistance populaire"
Le camp s'appelle «El Paraiso». Il n'a pourtant rien d'un paradis: matelas
sales et jetés à même le sol, nourriture servie dans des assiettes en carton,
vieux vêtements étalés le long des murs, odeurs de pieds et de fesses qui bousculent
constamment l'atmosphère. «Nous avons tout ce qu'il nous faut ici», assure
Alvarez, en forçant un sourire. Comme pour le contrarier, un groupe d'hommes en
caleçon franchissent le portail pour aller se laver à la rivière, quelques
kilomètres plus bas.
Depuis que le président hondurien Manuel Zelaya a été chassé de son pays par
les militaires en juin dernier et que son rival Roberto Micheletti a été
investi à la tête de l'Etat, plusieurs centaines de citoyens ont décidé de
rejoindre le voisin nicaraguéen. Rassemblés dans un camp à Ocotal, village
montagnard près de la frontière, ils suivent attentivement l'actualité
politique dans leur pays. Tandis que Micheletti multiplie les refus d'un retour
de Zelaya, cette petite communauté hondurienne prend de jour en jour le visage
d'une guérilla. Certains sont déjà tentés de jouer de la gachette.
Radicalisation du discours
«Pour l'instant, nous observons», insiste Mario, responsable du camp. «Si nous
pouvons éviter la violence, nous le ferons. Nous ne voulons que le
rétablissement de la démocratie et de la paix dans notre pays.» Mais le nouveau
régime de Tegucigalpa semble avoir pris les devants pour tenter de diviser les
résistants. «J'ai marché plus de 14h à travers la montagne pour rejoindre le
camp», raconte Emiliano, qui vient de Choluteca, au sud du Honduras. «Mais je
m'apprête à faire l'inverse. Si je reste ici, ma famille est menacée.»
Mario, responsable du camp, préfère éviter le
recours à la violence. Il ne sait pas si cela se révélera nécessaire.
De presque deux milles à la mi-juillet, le nombre de personnes au camp est
passé à moins de deux cents aujourd'hui. La volonté de protéger les familles a
poussé la majorité des Honduriens à rentrer au pays. «En apprenant que je
soutenais la résistance ici, ils ont tué mon père», témoigne Marcia, de
Tegucigalpa. «Ces lâches s'en prennent à nos proches pour nous évincer.»
Face à la répression ambiante, le discours se radicalise. Aujourd'hui, les
Honduriens du Nicaragua ont choisi d'adopter le nom de «Front morazaniste de
résistance populaire», en référence au héros national Francisco Moràzan, qui
voulait au XIXe siècle réunir les pays centre-américains au sein d'un seul Etat
libéral. En l'espace de quelques heures, on placarde le nouveau nom sur le
principal mur du camp et on entonne des chants révolutionnaires.
Le soutien de Chavéz
C'est sûr, ceux qui restent sont déterminés à ne pas se laisser faire. Et
ils peuvent compter sur l'appui d'amis politiques. «Les autorités
venezueliennes nous procurent notre nourriture quotidienne, tandis que nos
frères nicaraguéens nous envoient habits et matelas», explique Marbus, qui
assure la sécurité au camp. «Frères nicaraguéens.» Le terme est bien choisi.
Une grande partie des résistants honduriens sont de gauche et admirent le
régime sandiniste à la tête du Nicaragua. Au camp, les visites de Manuel Zelaya
et de Daniel Ortega, le président nicaraguéen, seraient d'ailleurs fréquentes.
La nourriture, fournie par le Venezuela, est servie
trois fois par jour au campement "El Paraiso"
«Le Président Zelaya décidera s'il faut ou non prendre les armes, et quand le
faire», conclut Mario. Des armes qui pourraient être utilisées demain déjà. Il
n'y a qu'à demander. «Nous sommes en relation avec des groupuscules
paramilitaires à l'intérieur du Honduras qui soutiennent la résistance»,
explique Julio, qui lui-même a suivi une formation dans l'un de ces organismes.
«J'ai des contacts. Les armes sont prêtes.» Prêtes, mais à ne pas mettre en
toutes les mains. Certains défendent fermement le recours à des moyens
pacifiques, tandis que d'autres ne savent pas se servir d'un fusil. «Si les
choses ne s'améliorent pas dans les prochains jours, nous envisageons de
commencer à former nos hommes.» La messe est dite.