A Chiasso, la saisie de faux papiers d’identité a augmenté de 66% en un mois. Le taux de requérants d’asile ne faiblit tou-Marianne jours pas.
9h du matin, à la gare de Chiasso, ville frontière au sud du Tessin. Un homme est arrêté au sortir du train en provenance de Milan. Son passeport bulgare, pourtant muni de tampons et visas officiels indiens, est un faux. Originaire du Bangladesh, l’homme a payé 3000 euros pour la contrefaçon.
Fouillé par les gardes-frontières, il demande l’asile pour gagner quelques semaines. Il ramasse lentement ses deux sacs de voyage avant d’être escorté par deux gardes-frontières vers le Centre d’enregistrement et de procédure, un bâtiment gris à l’allure carcérale à quelques mètres de la gare.
Les faux passeports sont le nouvel obstacle des 300 gardes-frontières tessinois. Le mois dernier, plus de 50 documents factices ont été interceptés à Chiasso, contre 30 habituellement. «Pour venir en Suisse, il faut un passeport, un permis de séjour et un titre de voyage valables», explique Davide Bassi, porte-parole des gardes-frontières tessinois. «Depuis peu, des faussaires en Italie fournissent un multipack de ces trois papiers falsifiés.»
Les passeports grecs, roumains, bulgares ou italiens sont les plus imités car moins chers à obtenir. Une fausse carte d’identité italienne par exemple s’achète pour 100 euros. Les immigrés veillent aussi à choisir un papier d’identité plausible avec leur physionomie: «Un Nigérian ne se présente pas avec un passeport suédois» souligne Davide Bassi.
Huitante pour cent des clandestins arrêtés à la douane n’ont aucun document d’identité. Quinze pour cent présentent un faux passeport. Leur principale raison? Ils ont été plusieurs fois refusés en tant que requérants d’asile et tentent de travailler en Suisse ou de voyager en Europe malgré tout.
Pour débusquer les contrefaçons, ces gardes-frontières se tiennent particulièrement à jour sur les nouveaux détails techniques des passeports de tous les pays. Ils sont les leaders suisses dans la qualité du contrôle des passeports. Une vérification qui ne se fait pas uniquement à la douane avec des machines spécialisées, mais aussi dans le train, où les gardes-frontières doivent être capables de repérer en quelques secondes un faux passeport avec les moyens du bord.
«C’est d’abord l’instinct et les capacités personnelles du garde-frontière à remarquer des attitudes louches qui permettent le contrôle» explique Davide Bassi.
Une personne qui présente un faux document ou qui n’en possède pas est fouillée, et ses empreintes digitales sont relevées. Parfois, les gardes-frontières mettent la main sur des criminels dangereux recherchés. «On ne sait jamais qui on a en face de soi» déclare Davide Bassi, s’assombrissant en évoquant le souvenir pénible d’un «homme très agressif qui ne voulait pas donner ses empreintes digitales. On a su par la suite qu’il avait violé une fille de 13 ans en Italie.» Ce mois-ci, un criminel russe a été arrêté à la douane routière de Chiasso. Il était recherché pour assassinat.
Il y a aussi des histoires qui finissent bien, comme celle de cette Sri Lankaise abandonnée avec son nouveau-né par le passeur sur un sentier menant vers le Tessin en plein hiver. Les gardesfrontières ont pu recueillir les infortunés et leur donner nourriture et toit. La famille a obtenu par la suite le droit d’asile.
Faux passeport ou non, le nombre des requérants d’asile à Chiasso ne faiblit pas. Le Centre d’enregistrement et de procédure (CEP) en compte 600 par mois. Un chiffre étonnant car habituellement la plus grande affluence intervient en automne. A cette saison, «les gens qui ont travaillé en Italie pendant l’été, dans l’agriculture ou comme vendeurs sur les plages, remontent en Suisse», explique Davide Bassi.
Cette année, le taux d’immigrés est particulièrement élevé, notamment avec les réfugiés tunisiens à la suite des révolutions arabes. Ces derniers arrivent la plupart du temps sans aucun papier d’identité.
La majorité des requérants qui transitent par Chiasso sont refusés par l’Office des migrations à Berne, et sont renvoyés vers l’Italie, premier pays de la zone Schengen par où ils sont arrivés. D’où, peut-être, l’intérêt de tenter le passage avec de faux papiers.
A lire dans l'édition papier de cette semaine ou sur http://www.hebdo.ch/vague_de_faux_passeports_au_tessin_116123_.html

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