Les anglophone du canton de Genève sont-ils vraiment hermétiques à la langue française ? Ou serait-ce Genève, ville réputée pour ses nombreux expatriés, qui use de l'Anglais afin de séduire le tiers de sa population, d'origine étrangère ? Morceaux choisis, to take away.
« Welcome » accueille, avec une politesse so british, l'arrêt de bus de Cologny. Depuis les hauteurs de la rive gauche, la terrasse d'une auberge chic offre un panorama sur Genève, du jardin anglais au quai Wilson, où la fête foraine bat son plein. Côté village, une chaîne américaine et un magasin pour toutou à froufrou « J'adore my dog » font face à l'unique épicerie du coin.
Dans les rayons de la boutique locale, une large gamme de biscuits britanniques à prix suisse. A la caisse, une Anglaise s'offusque : « 60 Francs pour ce bout de viande et trois crackers ? » Et la même cliente de commenter ses exploits sur le court de tennis, avec son voisin et compatriote : « J'ai donné une carte de visite, se félicite t-elle, de quoi gagner mon après-midi, malgré un mauvais match. »
Un autre monde, comme le décrit, perplexe, Fanny, du bureau d'intégration du canton : « Les Anglophones appartiennent à une communauté étrangère à part en Suisse. Nous n'arrivons pas à dialoguer avec eux sur tout l'arc lémanique car ils ont leurs propres réseaux, clubs de sport, écoles, magasins... »
Pourtant, Genève, siège des grandes organisations internationales et fief des multinationales qui y créées près de 57 000 emplois dans le secteur privé, accueille ce monde fortuné avec des projets sur-mesure tel que l'ouverture de quatre écoles internationales anglophones supplémentaires.
Sur les devantures de la plupart des magasins de la ville, les horaires d'ouverture sont anglicisées. Dans la rue, lorsqu'il s'agit d'allécher le client britannique ou expat', les publicités vendent des vacances de rêves in english. Jusqu'à, dans certains bars ou boutiques, souligner aux francophones leur ignorance.
Dans un duty free proche des Nations unis, un vendeur recale des touristes trop curieux : « Vous ne savez pas lire ? » demande t-il en anglais. « For diplomats », mentionne l'enseigne à l'entrée du magasin.
« L'expat anglophone » est une cible marketing prisée à Genève. De ce constat est né Glocals, un réseau internet financé par trois firmes internationales, qui met en lien les expatriés de la ville. Sur l'interface en anglais, les internationaux se donnent rendez vous ou content leur expérience genevoises. Son créateur, Nir souhaite dynamiser la vie locale pour les internationaux. Après douze ans à Genève, lui parle encore anglais à la maison comme au travail. Depuis cinq ans, il aide les expat' dans son cas à trouver the-place-to-be, rarement mélangé aux Suisse, « dans une ville à la nightlife pas toujours folle pour les jeunes internationaux », précise t-il entre deux bouchées de sushi.
Sarah-Jane, membre de Glocals et « nany » originaire du Kent admet : « Il y a une sorte de paresse anglaise pour les langues. Surtout parce que pour nous, apprendre une langue étrangère n'est pas une nécessité. » Arrivée en 2003, cette trentenaire a vu Genève devenir anglophile. Alors maintenant, elle l'avoue, au lieu de faire l'effort de parler français, elle prend son meilleur accent frenchy et demande : « vous parlez anglais ? ». Surtout quand sur les bords du lac, un charmant agent de l'office de tourisme se balade avec un T-shirt flashy où il est écrit :« Need help ? ». Sarah-Jane écoute de la musique anglaise sur les scènes des fêtes de Genève, travaille en anglais, regarde des séries américaines, va au théâtre en anglais, sort avec des expats qui ont l'habitude des « after work » dans des pubs comme ils le feraient à Londres ou New York. « Alors pourquoi apprendre le français ? »
« Pour l'ouverture culturelle et ne pas se démarquer dans la rue », rétorque Jane, étasunienne. Cette étudiante en design vit dans une coloc internationale où ils parlent théoriquement le français, souvent le franglish ou l'anglais.
En partie dû à quelques Suisses cosmopolites qui y voient l'opportunité d'entretenir leurs acquis. Mais aussi à cause de Katy, autre colocataire londonienne et doctorante en biologie, qui ne voit pas l'intérêt d'apprendre une langue étrangère. En buvant un thé, elle précise : « Je ne suis là que pour les études, je ne vais pas faire ma vie en Suisse alors de simples bases en français pour survivre sont suffisantes. »
Sur les berges du Rhône, en s'éloignant du centre ville, la langue de Shakespeare prend le large et laisse place aux lieux alternatifs. Mais ici encore, les quelques punks près du centre culturel autogéré « l'Usine » utilisent le signe anarchiste from London.

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