Croyant m’offrir une petite nuitée pépère à Brunnen (Schwytz) samedi dernier avant d’entamer une cinquième semaine de reportage au Tessin, je me suis laissé séduire par les charmes de la vie à la ferme. “Schlaf im stroh” ou “Aventure sur la paille” dans la traduction française, est un concept répandu en Suisse. Des voyageurs de passage, pèlerins sur le Jacobsweg, touristes téméraires, jeunes fauchés ou blogtrotters, dorment dans la grange d’une ferme, sur de la paille.
La nuit tombée, fatiguée quoique toute contente dans mon sac à viande et recouverte par trois couvertures de l’armée suisse mises à disposition, je regonfle mon coussin artisanal en ramenant de la paille sous ma tête. Opération délicate: la paille se colle à la manche à la manière du sable qui colle à la peau fraîchement enduite de crème solaire. Malgré la sensation hérisson, je m’apprête à tomber dans les bras de Morphée. Mais non. Un long ronflement s’enclenche à l’instant et traverse par sa puissance la barrière de mes boules quiès “spécial chantier”. Il devrait y avoir une loi pour interdire aux ronfleurs de côtoyer pendant la nuit les honnêtes citoyens.
Quelques heures plus tard, le ronflement s’arrête. J’étends ma main pour ramener un peu de paille sous ma tête, quand je sens un petit mouvement suspect tout près de mon front: j’éclaire la zone avec mon portable et là, vision d’horreur, je vois un crapaud grand comme la main bondir mollement sur la paille. Je bondis à l’image de la bête en réprimant un hurlement d’horreur et tente d’éloigner le monstre par remuement vigoureux de paille. Le crapaud se déplace lentement et lourdement vers un autre dormeur. Je n’ai pas fermé l’oeil (du reste) de la nuit tant le cauchemar éveillé de la bête m’atterrissant sur la face était puissant.
Le pire a été d’expliquer le lendemain au petit-déjeuner aux autres voyageurs sceptiques mon aventure avec l’animal: “Ben alors, a osé dire le vil ronfleur, tu n’as pas embrassé la grenouille? Peut-être il serait devenu un prince!”. Entre nous, si j’avais à choisir entre le bisou au batracien et le célibat à vie, mon choix est fait. J’y rajoute même couvent et ceinture de chasteté pour un lit certifié frog free.

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