C’est à pied que je suis partie de Seelisberg pour me rendre à la plaine du Grütli à l’occasion du 1er août. Après le contrôle policier au départ du Rütliweg (prévu pour empêcher les regroupements d’extrême droite sur la plaine), j’ai descendu le sentier de gravier qui serpente entre les longs troncs d’arbres derrière lesquels on aperçoit le lac quasi turquoise d’Uri.
Arrivée à la plaine vers les 13h, je fais patiemment la queue derrière plusieurs dizaines de T-shirts, casquettes, et fanions rouges et blancs. Le soleil tape. Certaines épaules dénudées arborent furieusement les couleurs du pays, surtout en contraste avec la marque du marcel. Le choix de la nourriture est cornélien: cervelas, saucisse de veau ou frites. Voire les trois en même temps. Niveau boisson, le rivella rivalise avec le coca dans le top trois (sur trois) des boissons proposées.
Quelques 500 personnes se trouvent sur la plaine. L’obligation d’obtenir un billet d’entrée (gratuit) a régulé le nombre des visiteurs et leur appartenance politique: aucun extrémiste de droite en vue cette année. Les aveugles, mal-voyants, et sourds sont à l’honneur à l’occasion du 100e anniversaire de la Fédération suisse des aveugles. Lorsque j’interroge Hervé Richoz, il m’explique qu’il voit “par morceau”. Il perçoit ce qui est autour de ce qu’il fixe, mais pas le centre. Pourtant, quand il veut me présenter quelqu’un, il se faufile avec aisance entre toutes les personnes assises par terre, et je peine à le suivre sans écraser une saucisse ou une main sur mon passage.
Je me lance dans un sondage auprès des gens présents avec le thème de Guillaume Tell: Qui est le Guillaume Tell moderne? On m’a cité Christophe Blocher, Toni Brunner, Roger Federer, Christian Gross, ou encore Doris Leuthard. Et les nouveaux ennemis de la Suisse? Dans le top trois, l’Union Européenne, tout ce qui pourrait menacer la démocratie, et Kadhafi.
La cérémonie commence, entrecoupée de lancers de drapeau, de chansons populaires par un choeur d’enfants et d’adultes de Lucerne. “Ewigi Liebi”, un tube suisse-allemand, remporte un franc succès, le public joignant leur voix au choeur.
La présence de Micheline Calmy-Rey est accueillie par un “aaah” de contentement général et d’applaudissements. La présidente de la Confédération, chaussée de bottines à talons hauts, traverse la foule jusqu’au podium pour un petit discours de 5 minutes.
Hansheiri Inderkum, orateur officiel, est écouté patiemment par la foule assise dans l’herbe. La fête se clôt avec l’hymne nationale joué par l’orchestre, que chacun chante dans sa langue. Il est bientôt 17h, la plaine se vide rapidement, les visiteurs vont prendre le bateau pour retourner à Brunnen (Schwytz). Mais emplie par la force de Guillaume Tell, je gravis la montagne en sens inverse et remonte par voie terrestre à Seelisberg.







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