Gare CFF SNCF, Bâle. Montez à bord du tram 11 direction "St. Louis – Grenze", patientez approximativement 20 minutes, et vous avez déjà quitté le territoire Suisse. Si je ne m'abuse, la frontière franco-suisse à Bâle est la seule qui représente aussi une frontière linguistique. Pour fixer le moment crucial de mon voyage j'ai donc mitrailler cette incarnation de mon fil rouge: Les frontières des langues.
Les frontières sont difficiles à décrire en mot et en images. Où s'arrête une entité? N'est-ce pas là toute la condition humaine, le faite de se délimiter du reste du monde? En matière de langue cela n'est pas clair. Rares sont les lieux où les langues se relaient d'un côté à l'autre d'une frontière. La réalité des frontières linguistique ressemble plutôt à une osmose progressive, un enchevêtrement complexe car Benoît parle aussi allemand et Beat sait s'exprimer en français...
Il n'existe donc pas de code binaire pouvant distinguer un individu comme appartenant à l'une ou à l'autre communauté linguistique, à l'une ou à l'autre culture comme le serait un passeport par rapport à la nationalité (sans oublier les binationaux). C'est là que j'ai de la peine à concevoir la Suisse en tant que nation. A mes yeux, elle n'est que frontière; entre les cultures, les grandes nations européennes, les langues. L'identité commune des Suisses est passablement artificielle, le produit d'une bonne politique d'intégration au fil des siècles. Ou pensez-vous qu'un armailli gruyèrien ait le même "horizon culturel" qu'un citadin de Bâle-Ville? Il y a 500 ans certainement pas et même aujourd'hui, j'en doute.
Assez philosophé pour le moment. Que ce soit à Genève ou à Schaffhouse, lorsque l'on traverse une frontière ce sont surtout les petits détails qui sautent aux yeux. Moi ce qui me donne l'impression d'avoir changer de pays c'est la boîte aux lettres française qui ne semblent pas avoir été modifiées depuis la dernière guerre ou les trottoirs en béton rouge, voir les lampadaires en acier peint en vert ou même le panneau triangulaire du "cédez le passage", qui n'est pas le même en Suisse. Ces petites choses quoi.

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