Bilinguisme. Bienne se targue d'être la plus grande ville bilingue de Suisse. Elle s'en donne les moyens.
La traduction de toponymes est un des fleurons biennois en matière de bilinguisme. L'un des derniers noms de rue en date, le "Hainbuchenweg", a été traduit par "Chemin des Charmes." Tout de suite, cela suscite le débat: A quels charmes fait-on allusion?
Au service de traduction de la ville, on essaye de désambiguïser et l'on suggère le synonyme "charmilles", les charmes se référant évidemment à une sorte d'arbre et non aux activités des filles de joie. Finalement le Conseil municipal tranche en faveur du propriétaire des immeubles qui préfère la première version.
La question du bilinguisme est un sujet sensible à Bienne, explique Roxane Jacobi, responsable suppléante du service municipal de traduction (ST). Véritable garant du bilinguisme communal, le ST emploie quatre traductrices et traducteurs. De temps à autre, des citoyens demandent de justifier l'emploi de certaines appellations. Notamment le cas de la "Südstrasse" traduite par "rue du Midi", a fait réagir Beat Kuhn du Bieler Tagblatt qui s'interrogeait sur les raisons de nommer une rue d'après le Midi français: "Nous lui avons expliqué que selon la définition du Petit Robert, "midi" est l'un des quatre points cardinaux correspondant au sud," dit-elle.
Assise à son ordinateur, cette traductrice originaire de Neuchâtel, se sert d'un logiciel qui répertorie toutes les traductions déjà effectuées: "Ainsi nous pouvons éviter des incohérences et harmoniser notre terminologie." Elle explique que lorsqu'il s'agit de traduire du français à l'allemand le ST fait appel à une traductrice indépendante, "car seuls 20 % des documents sont à traduire dans ce sens."
Promotion du bilinguisme
Autre acteur d'importance en rapport avec l'équilibre linguistique: Le Forum du bilinguisme. Virginie Borel qui est à sa tête depuis janvier 2010 prône une approche pragmatique: "Nous ne visons pas la perfection. Nous mettons tout en œuvre pour que les gens puissent se comprendre dans les deux langues officielles."
Cette fondation créée par la ville est aujourd'hui subventionnée par la Confédération et le canton de Berne. Chaque année elle décerne le "Label du bilinguisme" à plusieurs entreprises qui cultivent les deux langues aussi bien à l'interne qu'à l'externe.
Virginie Borel scrute le contenu d'une présentation powerpoint et parle simultanément. Depuis 2007 l'ordonnance sur les langues prévoit un subventionnement des cantons bilingues à hauteur de 300'000 francs par an. Pour le forum, il s'agit d'une part d'assurer la pérennité de certaines structures bilingues, comme par exemple la radio et la télévision locale.
D'autre part des fonds sont mis à disposition pour de nouveaux projets comme celui des échanges d'apprentis. Mandaté par les cantons de la "Région capitale suisse" dans un premier temps, le forum organisera des échanges avec les cantons de Fribourg et Berne pour ensuite étendre son offre aux cantons du Valais et de Neuchâtel.
Une stratégie gagnante
Dans le chef-lieu seelandais on affiche fièrement le bilinguisme. Ainsi le FC Bienne a choisi la devise hybride: "Ensemble gewinnen wir!" La journaliste et spécialiste en communication raconte la surprise d'une délégation chinoise lors de leur visite à Bienne: "Ils étaient étonnés que l'on accorde autant de droits à une minorité."
Au niveau de l'administration, le bilinguisme engendre certes des coûts supplémentaires. "Pourtant la situation biennoise reflète bien le paysage linguistique suisse", explique-t-elle. "Dans cette optique, Bienne et le canton de Berne se voient souvent comme région pont entre la Suisse alémanique et la Romandie."
Certaines entreprises apprécient également la diversité linguistique de la ville, qui peut être un argument d'implantation. Des exemples types sont les centres d'appel du 1811 et du 1818 ainsi que le service d'informations routières Viasuisse, tous basés à Bienne. Sans oublier les mastodontes de l'industrie horlogère comme le Swatch Groupe où l'on parle essentiellement l'anglais.
Multiculturelle et ouverte, cette ville de taille moyenne n'a pas fini d'innover en matière de politique linguistique.







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