La semaine dernière, j'ai eu plaisir à recroiser Adjim à Lausanne, rencontré quelques jours plus tôt dans un kebab. Et pourtant, il y avait comme un malaise. Déjà pour trouver un endroit où aller. Puis face à mes amis avec qui je passais la soirée.
Le temps d'une cigarette, il me raconte d'une traite son voyage d'il y a quinze ans sans que je ne lui pose aucune question. Le chemin de l'Afghanistan jusqu'à Moscou, « en passant par tous ces pays en -stan ». Puis la Biélorussie, l'Allemagne et la Suisse. Au début sans permis. Huit ans sans pouvoir sortir de ce pays encerclé par les montagnes. Aujourd'hui il a obtenu le permis adéquate et peut voyager. Librement. Il revient d'un mois en Iran, un rêve perse qu'il vient de réaliser.
Au milieu de son récit, les clubbers qui tanguent de verres en verres passent devant nous. Non pour aller danser mais pour passer aux toilettes et repartir. La fête est sur sa fin. Et je ne comprends pas pourquoi Adjim est impressionné par mon voyage à vélo. Par mes aller-venues d'une ville à l'autre dans l'espace Schengen, facilité par mon passeport européen et mes idéaux de petite bourgeoise...
Et puis hier, une amie critiquait l'Onu pour son côté élitiste friqué. « Mais surtout pour tous les internationaux qui y travaillent, persuadés d'être l'exemple du multiculturalisme alors qu'ils ont tous étudiés dans les meilleures universités du monde entier et ont les mêmes lectures. Ils n'ont pas compris que le multiculturalisme n'est pas seulement ethnique mais aussi social. »
Je réalise soudain ce qui nous séparait, avec Adjim, ce soir-là. Au delà de frontières géographiques ou culturelles, nous appartenions à deux mondes différents. Deux mondes qui ne se croisent que très peu, divisés par les barrières sociales.

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