Une vue sur les sommets enneigés du Valais depuis un lit couleur lavande et un poème « Partir » affiché au mur. Sur une table, des crayons de couleur bien taillés avec un bloc de feuilles blanches. Dans une assiette, un melon et des chocolats, un petit jus de fruit dans le frigo et une serviette de toilette toute douce. Et quelques livres, dont celui de deux randonneurs ayant traversé l'Himalaya, avec une épigraphe empruntée à Rousseau : "Je ne conçois qu'une manière de voyager plus agréable que d'aller à cheval, c'est d'aller à pied."
C'est la première chose que relève Yves. « La prochaine fois, fais le chemin à pied ! » Je ne sais comment le remercier pour cet hâvre de paix : "tu le feras la prochaine fois que tu accueilleras quelqu'un chez toi", me conseille t-il en me racontant le couscous partagé dans une cahute au milieu du désert en plein ramadan, lors d'un voyage à vélo jusqu'à Bamako.
Quand certains parleraient de pessimisme ou de cynisme, lui se décrit comme réaliste. « Pinailleur », disent ses amis. Une réflexion intellectuelle que cet apiculteur butine dans des lectures au fond d'un pré, au bout d'un chemin de Montana réservé aux initiés.
Au delà de sa fascination pour l'organisation des abeilles, « dans des essaims que les japonais ont su conserver et qui sont interdits ici », Yves se passionne pour la science fiction après avoir perdu le goût de la poésie. Son film fétiche, "Mulholland drive" de David Lynch.
Dominique, sa femme, est là pour adoucir ses phrases ponctuées de « Je n'sais pas si tu vois ce que je veux dire » ou « Non mais tu comprends là ? »
« Nous étions la dernière génération à avoir un peu d'espace », lance t-il évasivement en regardant la lune se dévoiler derrière les montagnes. Pour lui, la politique globale que l'on subi aujourd'hui est la même que celle de Ceausescu qui prenait les terres aux agriculteurs et les « mettait en HLM ». « L'homme n'est pas fait pour vivre dans ces espaces citadins fermés », indique t-il en prenant l'exemple de ses petits enfants résidant à Genève.
Ses deux enfants, Damien et Chloé ont grandi dans les prés, pendant qu'Yves cultivait des plantes, « devenant esclave de Ricola, pour 2 ou 3 francs de l'heure ». Actuellement, les plantes médicinales non homologués suscitent l'inquiètude des agriculteurs comme lui. « Les industries pharmaceutiques veulent remplacer le naturel par des produits de synthèse. » Le scénario du film "Soleil vert" ? « On y est déjà », affirme t-il.
Nous sommes loin du thème de l'agriculture. Mais dernière réflexion du soir pour la route : monde réel ou virtuel ? « Le franc est trop fort. Pouf, on appuie sur un bouton et on le baisse... Tu imagines tout ce que l'on peut contrôler avec ça. Des foules entières sans qu'elles ne s'en aperçoivent. » Et de citer le virus H1N1. « Tu y crois toi ? » L'expression "Info ou intox" serait-elle un abus de langage dérivé d'information ou désinformation ?







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