Aujourd’hui, Berlin marque le 50ème anniversaire de la construction du mur, le 14 août 1961. Deux ans plus tard, en pleine Guerre Froide, Lucerne entamait la construction du plus grand abri de protection civile au monde.
Centre ville de Lucerne, «Sälihalde», un parc avec des jeux pour enfants. En contrebas, imposante et inattendue, une porte métallique s’ouvre sur l’histoire du plus grand abri de protection civile au monde.
Retour en 1971, en pleine Guerre Froide, c'est le début des travaux de construction du tunnel de Sonnenberg reliant Kriens à Lucerne. Jusqu’en 2006, les deux artères du tunnel pouvaient se transformer en abri civil afin d’apporter protection à 20'000 personnes.
Aujourd’hui, sur réservation, des curieux peuvent visiter une petite partie des infrastructures. «La plupart des touristes viennent de la Suisse centrale», indique le guide, Pier-Luca Bonzanigo, précisant que seule une à deux visites ont lieu par semaine.
Monument historique ?
«C’est aussi significatif pour l’histoire de Lucerne que le Centre de Culture et de Congrès (KKL)» : c’est en ces termes que Jürg Stadelmann, fervent défenseur de Sonnenberg, plaide en faveur du «monument» dans un article de la Neue Luzerner Zeitung. Edifice historique ? Le sens de cet endroit ne fait pas l’unanimité.
Visite avec d'anciens militaires
Samedi, une quinzaine de personnes visitait le lieu. Il s’agissait d’un groupe d’anciens membres de l’école de recrues : «Cette fois le thème de nos visites c’est : protection et défense», sourit Daniel Schlup, commandant de la compagnie sanitaire. «Ce n’est pas toujours en lien avec le militaire», tient à préciser cet ancien officier d'état major, reconverti en vice-directeur du Musée Suisse des Transports (Lucerne).
Suivez le guide…
Début de la visite, un film de présentation rappelant le contexte des menaces entre les Etat-Unis et l’ancienne URSS et l’appréhension d’une troisième guerre mondiale. Dans un climat de peur, en 1963, un nouvel article de loi sur la protection civile impose la construction d’abris pour chaque habitant. Une pierre deux coups! Sonnenberg servira à la circulation et comme abri de protection civile en cas de besoin.
Fin du film, un visiteur intervient : «C’est une réalité qui n’est pas loin, une réalité de notre jeunesse. Elle a nourri notre service militaire».
La présentation des locaux débute : les dortoirs, les différents dispositifs en cas d’attaque et la salle de commande. Tout était pensé : nourriture de subsistance, lits, toilettes, évacuation des déchêts, hôpital, maternité et centrale téléphonique. «En 1970 c’était la bonne idée, c’était cohérent», intervient durant la visite Paul Tschumi, ancien commandant de compagnie et médecin de régiment.
L’ensemble de la visite est basée sur des «et si…». Car le dispositif de défense n’a jamais servi. Chez les visiteurs, le ton est à la plaisanterie. La mise en scène de certaines salles, fait sourire ces anciens militaires. Comme ces deux mannequins en plastique: l’un représentant les forces de l'ordre et le second, un anarchiste avec un petit carton annoté «Peace».
Pourquoi visiter un tel lieu ?
«Berlin a bien gardé un morceau de son mur», défend Paul Tschumi. «C’est comme un château, une église, c’est important. C’est un lieu de réflexion sur des situations politiques, des stratégies», complète Chris Pietsch. «Nous avons oublié très vite cette partie de l’histoire», conclut Daniel Schlup.
A Lucerne, la porte d’entrée de cet endroit est encore bien cachée.
« Vivre sous terre », Sonnenberg Tunnel,
Unterirdisch Ueberleben :
http://www.unterirdisch-ueberleben.ch

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