IDENTITE 35% de Genevois, 25% de Confédérés et 40% d’étrangers habitent un canton où l’on se sent moins suisse que genevois.
“-Where are you? -Eu estou no ônibus -Do të jetë e drejtë!” Dans le tram genevois on entend parler une dizaine de langues par jour, du portugais à l’anglais, en passant par l’arabe et l’albanais. Avec plus de 40% d’étrangers, Genève dépasse de loin la moyenne suisse (20%). Après avoir fêté le 1er août, on peut poser la question taboue: Genève est-il encore un canton suisse?
L’identité suisse en danger?
“Si une majorité d’enfants dans une classe ne parle pas le français, l’identité suisse est clairement menacée” soutient Céline Amaudruz, la jeune présidente de l’UDC Genève. Plus que la langue, les étrangers devraient “adopter nos valeurs (liberté, indépendance, laïcité)” continue la blonde au tailleur impeccable. Carlos Medeiros, vice-président du MCG y ajoute le respect des coutumes locales: “Je suis d’origine portugaise, mais je ne vais pas faire griller mes sardines à 22h sur mon balcon et enfumer tout l’immeuble”. Plus encore, “les étrangers ne doivent pas être trop visibles, pour que les Suisses ne se sentent pas envahis”, lâche-t-il en rembarrant d’un geste agacé une mendiante Rom.
Pour la socialiste Liliane Maury-Pasquier, conseillère aux Etats, la présence d’étrangers à Genève découle de la plus pure tradition suisse. Le pays “est une association de différentes entités qui se regroupent pour le bien commun”, dit-elle en citant avec conviction le dicton helvétique “un pour tous, tous pour un”. Elle regrette cependant que “40% de la population n’ait pas la possibilité de participer politiquement”.
Les bons et les mauvais étrangers
Les 185’000 étrangers du canton sont un thème majeur de la politique genevoise, et chacun désigne ses agneaux et ses moutons noirs. Céline Amaudruz pointe le nombre important selon elle d’étrangers en situation illégale qui font de Genève “l’eldorado de la criminalité”. “La naturalisation est beaucoup trop facile à obtenir ici” dénonce-t-elle. Selon un jeune trader d’une banque privée genevoise, l’étranger modèle est celui qui s’intègre sur le long terme: “les portugais ou espagnols qui viennent pour travailler et élever leurs enfants sont déjà presque suisses, d’ailleurs la plupart se naturalise”. Quant aux “étrangers flemmards qui profitent des subventions, ils n‘ont rien à faire ici” lance-t-il avec colère.
Le maire de Genève -le radical Pierre Maudet- se réjouit de la naturalisation future de la plupart des étrangers du canton. Il leur souhaite tout de même de “préserver leurs racines culturelles”. Mais tous les étrangers ne sont pas bienvenus: “si on avait 40% de requérants d’asile, ça poserait problème”.
Que ce soit dans le bâtiment, la restauration, l’horlogerie ou encore dans le secteur bancaire, l’économie genevoise ne tournerait pas sans les étrangers. Un cadre aux Hôpitaux Universitaires témoigne: “On n’a pas assez d’infirmiers suisses. Les Français sont mieux formés et beaucoup plus souples dans les heures de travail”.
Le Genevois est double
Tous décrivent Genève comme “un cas à part”. Pas vraiment suisse, trop cosmopolite, trop tourné vers l’extérieur. “Genève, c’est déjà la France” déclare une étudiante jurassienne. Un Genevois acquiesce: “Après le 19.30 sur la TSR, on regarde les nouvelles à 20h sur TF1”. Le Genevois serait “une somme de différentes appartenances” décrit Pierre Maudet. “On se sent Genevois ici, mais Suisse à l’étranger”.
Guy Mettan, député PDC au Grand Conseil, voit un paradoxe dans l’identité genevoise: “D’un côté, on repousse l’étranger envahisseur (le Savoyard en 1602, le frontalier aujourd’hui) et on se replie sur soi-même. De l’autre, on a une tradition d’accueil qui contribue à notre rayonnement dans le monde. Voyez Calvin, les Huguenots, les banques, les savants”. Une double tendance en contradiction avec l’identité nationale? “Non, tout le pays connaît ce paradoxe, mais il est simplement plus marqué ici”. Genève, un canton à l’avant-garde grâce aux étrangers?

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