Camping. Comment faire beaucoup avec peu? Quand les deux étoiles deviennent un label de qualité.
Havre de paix à Chevroux (VD) en ce mois de juillet. Des campeurs discutent à la lueur d'une lampe à gaz. Près du bloc sanitaire, Remy Schwab, propriétaire et directeur du camping, rappelle un groupe de jeunes à l'ordre: "Faut que tu fasses une cure de désintoxe Sam*, ça suffit la cigarette!", dit-il en plaisantant. A côté de sa fonction de chef Remy est surtout un animateur. Ayant grandi sur ce camping de la rive Sud du lac de Neuchâtel, il a toujours apprécié vivre à l'air frais et n'a jamais installé l'électricité sur son camping.
Le lendemain, devant le kiosque qui a rouvert cette année après onze ans de pause. Barbara Müller, une habituée du lieu, explique pourquoi elle a complètement adhéré au concept: "Cela fait 36 ans que je viens ici. Il faut en aucun cas qu'il installe l'électricité", dit-elle avec véhémence, "les gens commenceraient à se retirer dans leur caravane pour regarder la télé comme à la maison." Remy pourtant ne le fait pas par principe, plutôt par manque de moyens financiers: "Mais si courant il faut, alors ce sera du solaire!", ajoute-t-il.
Certains n'ont pas perdu de temps et ont installé leur panneau photovoltaïque devant leur caravane. Ainsi ils peuvent contourner l'étape obligatoire du rechargement de portables et autres gadgets, à une des trois prises des toilettes. Aux yeux de Jacqueline Häfliger ces contraintes créent des points de rencontre qui sont essentiels à la vie d'un camping. Friande de ces espaces conviviaux, elle a réuni une dizaine de membres de sa famille à Chevroux: "L'ambiance est très décontractée, tout le monde parle à tout le monde. J'apprécie que les places ne soient pas délimitées."
Une grande famille
Tentes et mobile-homes se mélangent au centre de la place. En bordure les plus douillets louent bungalows et places de caravane pour des plus longues durées. Remy Schwab a toujours voulu garder un certain nombre de places de passage de sorte que son camping ne devienne pas "morne et terne comme ceux qui sont exclusivement résidentiels", explique-il, "un temps, ça a même été un camping communautaire autogéré." Formant encore une entité avec le camping communal avoisinant dans les années soixante, on pouvait y trouver entre autres des ateliers de peinture ou de poterie pour les enfants et un culte avait lieu le dimanche.
L'esprit libre de ces années-là plane encore sur le camping. Trois jeunes filles du Toggenburg viennent payer leur place. Pour elle ce camping est une aubaine: "C'est un des seuls où l'on peut camper en-dessous de 16 ans. Il faut simplement une autorisation des parents."
Ainsi, toutes les générations se côtoient. Cette proximité peut parfois devenir problématique raconte Remy: "Un matin je suis allé dire à des jeunes qu'on était venu se plaindre chez moi parce qu'ils faisaient trop de bruit le soir et eux m'ont répondu qu'ils voulaient se plaindre des petits bébés qui gueulent le matin!"
Pour maintenir une bonne entente Remy a émis certaines règles. Par exemple un panneau signale en français et en allemand qu'il est interdit aux enfants de jouer autour des toilettes. Avec 90% de sa clientèle venant de Suisse-alémanique Remy soigne son allemand et traduit tout: "C'est assez inhabituel en terres vaudoises mais j'ai bien appris l'allemand à l'école et je sais me faire comprendre."
Paradis fragile
Conceptualiser cette simplicité pour en faire une marque de fabrique? La question semble déplacée dans cette ambiance bon enfant. Remy avoue y avoir déjà songé: "C'est vrai qu'il y a un marché pour tout ce qui est rétro, surtout en Suisse-allemande."
Depuis cette année les campeurs disposent d'eau chaude pour la vaisselle et d'un réseau wi-fi. Remy s'est également muni d'un site internet pour avoir plus de visibilité. Malgré ces quelques modernisations, son camping reste parmi les plus modestes de la côte.
Stephan Habegger qui pose sa tente pour la 20ième fois sur ce terrain le recommande d'abord vivement avant de se reprendre: "Ah non surtout pas! Sinon on n'aura plus de place l'année prochaine," lance-t-il en riant.
*nom d'emprunt
Lukas Grob et Barbara Müller - 36 ans qu'elle fréquente le camping

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