Entre souvenirs des anciens et nouvelles générations, le quartier «Le Bourg» à Martigny (VS) cherche son identité.
«Combien reste-t-il de vrais Bordillons ?», s’interroge Roland Jacquier, septante-cinq ans et figure du quartier du Bourg à Martigny. Les « Bordillons », ce sont les habitants de cette partie de la ville. Anciennement commune indépendante appelée «Martigny-Bourg», ce lieu fait maintenant officiellement partie de Martigny (VS). La fusion a eu lieu en 1964, mais dans les esprits, l’identité est encore forte : «Vous êtes Bordillons avant d’être Martignerains », rigole Marie-Christine Dorsaz-Cretton, conseillère bourgeoisienne.
Le lieu est aujourd’hui encore communément appelé «Martigny-Bourg» et la plupart des habitants de ces ruelles parlent de «village» et revendiquent leur appartenance à cette partie de la ville. «La fusion a été mal digérée», raconte un habitué du lieu. Excentré, le quartier forme une parenthèse. Sa petite place centrale avec une fontaine, des plantes et des terrasses, débouche sur une charmante allée principale, la rue du Bourg. «Il reste toujours quelque chose du Bourg. C’est un quartier identitaire du Martigny», sourit le conseiller municipal Paul-Henri Saudan.
Parmi les personnalités du Bourg, des «anciens», qui ont vécu les années d’indépendance de la commune. Et pour entendre leurs anecdotes, cela fait l’unanimité, les commerçants conseillent les cafés de la place, de préférence à l’heure de l’apéro.
Souvenirs
Deux lieux incontournables pour les habitués : les Trois Couronnes ou le Café de la Place. Fin de matinée, une majorité d’hommes partagent un verre. Parmi eux, quelqu’un du «cru» comme dirait une commerçante. Il s’agit de Roland Jacquier, connu pour ses anecdotes: «Du temps où le Carnaval durait trois semaines, les ouvriers des barrages descendaient faire la fête les poches pleines et remontaient les poches vides», se souvient cet homme aux grands yeux bleus et longs cheveux blancs. Un souvenir en entraîne un autre : «Il y avait Ana Guignol, elle volait les chats et les revendait», se remémore-t-il encore.
Les histoires des habitués font une grande partie du charme de cet endroit. Dans les ruelles, entre deux poignées de mains, Roland Jacquier remonte l’histoire. Rue du Bourg numéro 17, Auberge du Mont-Blanc : «Il y avait la mère Chevillaud». Un peu plus loin : «Deuxième marchand de boulons. C’était le président de l’ancienne commune du Bourg. Un président en a chassé un autre, mais ils étaient toujours dans la ferraille», rigole-t-il. Puis, cet amoureux du quartier salue un jeune : «Ils te saluent, tu réponds pour garder le cachet du Bourg», commente-t-il.
Une nouvelle tendance se frotte toutefois aux souvenirs : les rues se vident et la vie de quartier est de plus en plus discrète. Pour exemple, la vitrine du numéro dix de la Rue de Bourg, aujourd’hui restée sans locataire.
Une relève difficile
La rue principale compte plus de quinze restaurants, bars et cafés, mais peu de petits commerces. Une fromagerie sera prochainement reprise par des jeunes en raison du départ à la retraite des actuels propriétaires. D’autres boutiques n’ont pas eu cette chance et n’ont pas encore trouvé preneurs, comme: « Friberg confection». Un petit magasin d’habits qui a appartenu de nombreuses années à une propriétaire du même nom.
Le café Saint-Michel au bout de la rue, peine également à se stabiliser. C’est pourtant l’un des premiers «stam» du quartier. Acoudée au bar, Isabelle Falcy, une jeune française à l’accent chantant raconte qu’elle doit remettre les clés après vingt mois de gérance: «Je ne sais pas pourquoi le Bourg reste un ‘’village’’ où il y a des bars qui fonctionnent mieux que d’autres», confie-t-elle, spécifiant que ces quatre dernières années, plusieurs gérants se sont succedés sans succès.
Plus haut dans la rue, Alexandre Hubert, un jeune boucher originaire d’Orsières et présent dans le quartier depuis trois ans. Il hésite à parler du lieu, prétendant ne pas assez connaître l’endroit: «Je suis un étranger pour eux», raconte-t-il. Il confie toutefois : «Les commerçants ne travaillent pas ensemble», déplore ce professionnel.
Dans la rue du Bourg, les commerçants restent discrets, fidèles à la pudeur valaisanne, mais font toutefois comprendre que les clients sont plus rares.
Valorisation du quartier
«Le Bourg a perdu un peu de sa vitalité», explique Jacques Vuignier, président de la jeune Association des habitants du quartier du Bourg. Créée il y a deux ans pour «rendre plus vivant ce quartier», celle-ci organise des vides-greniers, une patinoire en hiver et a réussi à limiter la circulation à certaines heures durant l’été.
D’autres activités sont organisées par la ville, afin de faire revenir les visiteurs: Foire du Lard, Carnaval ou Jeudis Jazz. Et les amoureux du quartier restent optimistes : «Personne ne changera la mentalité du Bourg», conclut Roland Jacquier.






