Samedi, je remonte du lac Léman, les bras chargés de courses afin de cuisiner un souper dans mon auberge espagnole, où je m’apprête à passer une semaine.
Sur la route, dans la devanture d'un bar type vieux PMU de quartier, face à l'ex-centre de tri postal de la gare, une photo jaunie de Kadhafi attise ma curiosité. Le lieu semble fermé. Je passe mon chemin.
Mais un vieux monsieur sort du bar et m’alpague : « Mademoiselle, vous vous arrêtez devant le café sans venir boire un verre de l'amitié ? »
Je lui explique que je regardais le portrait du chef libyen. « Ah, oui, cela fait sept ans qu'elle est là cette photo. Kadhafi est interdit de séjour ici. » Le patron du bar me parle des deux Suisses enlevés, des dérives du fils à Genève, et insiste pour le verre. J'accepte.
Richard Dürr, le football dans les années 60
Autour d'une verre de petit blanc, j’apprends que mon hôte de 73 ans, n'est autre que Richard Dürr, footballeur des années 60 ayant participé à deux coupes du monde dans la sélection suisse. Quand je lui dis que je vis à Londres, il continue la conversation dans un bon anglais pour me mentionner toutes les équipes britanniques contre qui il a joué. Un fanion de Liverpool décore l'un des murs, avec ceux du Real et du Barça. En vitrine, des drapeaux du monde entier. Richard suit mon regard : « Le football m'a permis de faire plusieurs fois le tour du monde et de m'ouvrir aux autres. »
Je lui explique mon projet, et la semaine que je prévois de passer à Renens. L'un de ses clients facteur réplique « Ah bah tu vas être servie pour rencontrer des étrangers. Je veux pas dire mais là bas, ya que ça. » Richard poursuit : « Il y a des belles personnes de partout. » Et repart sur sa carrière footballistique, entre Yverdon et Lausanne. Et la coupe du monde de 62 au Chili et celle de 66 en Angleterre, entre souvenirs de match à Wembley et de troisième mi-temps à Soho.
Il est presque 18h, je dois me sauver. mais vous aurez peut être des nouvelles de l'hospitalité du bar de « Chez Richard » d'ici peu.

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