Jovano, Jovanke. Une chanson traditionnelle macédonienne qui passait à la radio lors d'un des moments partagés avec Rosa. Cette version est ma préférée,par deux musiciens des plus touchants. A écouter sans modération, en lisant ce post.
Rosa propose des chambres aux touristes à la gare de Plovdiv, Bulgarie. Elle les aborde en anglais. Précise « I was a teacher , I have 2 daughters ». Son petit sac contient une four avec la photo de ses filles, les cartes postales de ses anciens pensionnaires. Elle les montre aux hésitants comme pour appuyer ses propos.
Dans son modeste appartement au septième étage d'un immeuble construit sous l'ère communiste, Rosa me sert un café turc qu'elle cuit sur une minuscule plaque à gaz, directement montée sur la bombone. La vraie cuisinière, Rosa ne l'utilise pas. « Trop cher ». Elle n'a pas non plus de machine à laver. La retraite qu'elle touche est trop maigre pour couvrir ces dépenses. Elle précise, dans un mélange d'anglais, de bulgare et d'allemand, qu'elle n'aime pas se plaindre. Elle ajoute « gesund ». Sourit. « Eighty-two years ». Je ne la crois sincèrement pas. Lui demande de répéter en bulgare. Elle me montre sa carte d'identité.
A 82 ans, Rosa est une grande dame. Elle accueille les touristes depuis une dizaine d'années, date à laquelle elle a commencé à apprendre l'anglais. Et puis quelques expressions en français, en japonais,en allemand. Le petit nombre de mots et d'expressions qu'elle connaît sonnent très exact. « Fühlen sie sich wie zu Hause! It is my pleasure ». C'est que Rosa aime l'exactitude des mots. Elle était professeure de littérature bulgare. Sur le petit canapé qui lui sert de lit, une pile de bouquins l'attend. Pendant que nous papotons autour d'une pastèque, elle note sur un post-it les mots qui surgissent çà et là. Escalier, courant d'air, yeux. Ensuite, entre le rangement d'une assiette et d'un verre, qu'elle ne me laisse pas toucher, « you're my guest », elle se remet discrètement du rouge à lèvres...couleur pastèque.
Le lendemain matin au petit déjeuner, Rosa m'offre fromage, café, tomates, confiture d'aubergines. Son regard insistant me signifie que je dois manger avant de reprendre la route. Elle me le dit à l'aide de plusieurs langues. Nous communiquons de mieux en mieux. Elle en rigole. « I am polyglot ». A l'air émue. Répète « luck, luck », plusieurs fois. Je comprends après quelques explications que l'argent de ma nuitée va lui permettre d'assister à la remise de diplômes de son petit-fils à Sofia.
Rosa m'accompagne à la gare, attend sur le quai que le train parte, m'achète une glace après l'annonce de retard. Elle s'éloigne un instant, aborde d'autres touristes. Revient bredouille. Me demande mon adresse. Elle fait signe qu'elle m'écrira. Sourit. Pendant que le train part, à travers la fenêtre elle lance « Polyglot! ».
* Prénom d'emprunt







Très touchante l'histoire de Rosa! Et quel panache dans cet adieu: "polyglot"...
Rédigé par: Matthieu | mardi 04 août 2009 à 05h41
ces guelques lignes sur Rosa, amplifient mon point de vue, c'est dans la pauvreté qu'on trouve la plus grande des richesses.
Rédigé par: Elizabeth | mardi 04 août 2009 à 17h21
Superbe billet, on s'y croit!
Rédigé par: Alex | mardi 04 août 2009 à 17h51
Bonjour,
Je suis contente si j'ai pu décrire Rosa touchante comme elle l'était. J'avais très peur de la trahir en ne trouvant pas les mots justes. Elle est géniale, Rosa.
Rédigé par: Renata Vujica | mercredi 05 août 2009 à 21h19