Météorologie.
Une tempête de sable en
provenance d’Irak a assombri le ciel de Dubaï durant plus d’une semaine,
réduisant ainsi considérablement la visibilité. La presse en a fait largement
l’écho. De manière disproportionnée ? Reportage.
La visibilité a causé des problèmes au trafic maritime.
Antonino Galofaro
En pleine ville de Dubaï, des centaines de voitures roulent à grande vitesse sur la route Sheikh Zayed, large de six voies et reliant la ville d’est en ouest. Cette route principale est bordée d’imposants buildings, la plupart encore en construction, d’autres se découpant à l’horizon, sur un ciel étonnamment gris foncé. Le tout est triste et contraire à ce que nous donnent à voir cartes postales et autres sites Internet de promotion de la ville. Que se passe-t-il ? L’ambiance dans laquelle baigne la ville entière résulte d’une météo tellement surprenante que tout devient simplement irréaliste. Pour le touriste ! Car il ne s’agirait que d’une « simple » tempête de sable. Malgré la faible visibilité, les voitures roulent aussi vite que d’habitude. « Cela ne dure généralement que deux ou trois jours » marmonnent plusieurs chauffeurs de taxi, qui rigolent des avertissements lus dans la presse.
Car à l’image des quotidiens émirati en langue anglaise Gulf News et Khaleej Times, ce temps malgré tout inhabituel fait l’objet, tous les jours depuis son apparition le jeudi 30 juillet dernier, d’articles en tête de pages. Quand ce n’est pas la Une tout entière. Ces articles rapportent les propos de météorologues indécis, les précautions à prendre pour les automobilistes et pour les piétons, tel que « écouter le trafic que vous ne pouvez voir », ainsi que les conséquences de cette météo sur le circulation maritime. Les prévisions pessimistes ont pour l’instant raisons des plus optimistes, puisque neuf jours après la disparition du ciel bleu, la situation ne s’est toujours pas améliorée. « Nous ne voyons une météo pareille qu’une à deux fois par année. Pas peu plus. » Les chauffeurs se veulent rassurant, s’excusent presque.
Trafic maritime suspendu. Ce temps morose qui remplit les journaux provient d’une tempête de sable née dans les déserts irakiens. Les nuages de poussière qui s’en sont suivis ont non seulement assombri le ciel des Emirats Arabes Unis, mais également celui de l’Iran et du Qatar. Si la situation fait rire les chauffeurs de taxis, c’est parce que la circulation routière n’en a cure. Malgré les avertissements des médias.
La brume de sable a quand même interrompu durant le 1er août toute circulation maritime dans le port Jebel Ali, l’une des deux principales entrées maritimes de Dubaï avec Port Rashid. Cette actualité a été à nouveau largement couverte par la presse locale, qui s’y est référée quotidiennement. « Weather disrupts shipping » titrait le quotidien Gulf News en première page lundi 3 août : « La météo perturbe le transport maritime. » Pourtant, l’interruption n’a duré qu’une matinée et n’a causé que quelques retards sans grandes conséquences, comme nous l’apprenait le jour même le quotidien.
Les laissés pour compte. Si le trafic maritime qui transite par les deux ports commerciaux n’a pratiquement pas souffert de la tempête de sable, les petits ports, eux, ont du stopper toute navigation. Ce fut par exemple le cas des petits docks à boutres, nichés dans la crique de Dubaï, dans le quartier de Deira. « Une question de visibilité insuffisante, mais également une agitation des eaux du Golfe trop importante » explique un représentant des docks. « Les boutres resteront à quai tant que la situation ne sera pas meilleure. »
Des marins qui profitent du temps libre.
En attendant, les marins s’occupent comme ils peuvent. Ainsi, un agréable spectacle s’offre aux yeux des passants désireux de prolonger leurs balades au-delà des promenades de la crique de Dubaï. En se faufilant entre les cargaisons, ils peuvent apercevoir certains marins faire la sieste ou la lessive. Une partie d’entre eux profite du temps libre pour jouer aux cartes ou regarder la télévision dans l’un des deux petits cafés du port. Néanmoins, une minorité, sans doute désireuse de reprendre le large au plus vite, charge et décharge les petits navires. Mais tous se font un plaisir de diriger les curieux vers le responsable du port, car, pour la plupart iraniens, ils ne parlent pas un mot d’anglais ou de français. Le dit responsable ne se mouille pas pour autant : il redirige lui-même ces curieux vers Port Rashid, où on assure que « tout va bien » et qu’il n’y a « aucun problème. » La presse aurait-elle donc dramatisé la situation ? Ou les touristes doivent-ils obligatoirement être menés en bateau avec un message toujours optimiste ? Quoi qu’il en soit, durant neuf jours, les boutres, ancrés, n’ont rien rapporté.
Bloqués, les marins s'occupent comme ils peuvent, entre sieste et lessive.







Commentaires