En sortant de la gare ferroviaire de Belgrade, on se dirige tout naturellement vers la vieille ville. En empruntant la rue Nemanjina, on aperçoit quelques immeubles non reconstruits depuis les bombardements de l'OTAN en 1999. Puis les années noires de la ville et le symbole qu'elle a incarné disparaissent au rythme des pas. Belgrade, loin des projecteurs, bout nuit et jour. C'est un condensé de vitalité et de...normalité.
Elle invite à lire un journal le dimanche sur un banc à Kalemegdan, l'un des parcs favoris des Belgradois. Elle pousse à s'extraire de la lecture par moments, immortaliser les scènes les plus simples du quotidien.
Elle incite à manger une « Viršla », sorte de hot-dog local, sur une terrasse de la Rue piétonne Knez Mihajlov. A échanger quelques mots avec le serveur, qui demande illico d'où vient notre accent. La discussion s'amorce vraiment au moment où on lui répond que l'on est originaire de Bosnie-Herzégovine.
- Mais tu n'as pas vraiment un accent de Bosnie.
-C'est que je vis en Suisse depuis longtemps. Ca doit être l'influence du français.
- Ah, tu es en Suisse depuis les événements? (En serbe, il dit « Otkako se zakuhalo », littéralement: « depuis que ça a commencé à cuire»). Tu viens d'où exactement?
- Une petite ville. Vitez. C'est à côté de Travnik, je ne sais pas si vous connaissez. »
- Bien sûr, qui ne connaît pas les Chroniques de Travnik! -(Un roman d'Ivo Andrić, prix Nobel en 1961).- Mais j'y ai aussi voyagé. J'ai fait le tour de la Bosnie en vélo. Avec, en poche, ce que seraient 200 euros aujourd'hui. J'allais aussi skier tous les hivers à la Jahorina. (une montagne au-dessus de Sarajevo, où ont eu lieu les Jeux Olympiques en 1984). J'avais des amis partout en ex-Yougoslavie. J'aimerais bien les revoir. Mais les temps ont changé. Et puis, on ne fait rien aujourd'hui avec 200 euros. J'en gagne 300.
Belgrade démaquillée. Energique, pages noires peu évoquées. Puis le surgissement progressif de quelques paroles récurrentes chez ses interlocuteurs. Un mélange de nostalgie réaliste et de situation socio-économique alarmante. Dès qu'on s'attarde.







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