Le match de hockey sous-marin est terminé. Les participants, la plupart des Anglais gagnant très bien leur vie, se délassent, une bière à la main, dans le jacuzzi adjacent. Au milieu d'eux, un blogtrotteur.
Un homme, la cinquantaine, était consultant et représentait Nestlé aux Iles Caïman. Maintenant, il est propriétaire d'une société d'import-export qui y importe de l'alcool et des produits alimentaires. Né en Angleterre, mais ayant grandi en Jamaïque, il toujours une maison en mère patrie, où ses enfants sont en internat, mais n'y a plus le droit de vote.
L'homme me félicite parce que la Suisse est restée en-dehors de l'Europe. « Gardez vos libertés individuelles, c'est le plus important. » Sa famille en Angleterre est constituée de paysans aisés qui doivent passer « la moitié » de leur temps à remplir des formulaires et autres procédures bureaucratiques, sans en retirer aucun bénéfice. Tout ça à cause de l'UE.
« La pire chose avec l'Europe, bien pire que tout le reste, c'est la taxation. Sarkozy, et en partie Angela Merkel, ont eu cette idée messianique de vouloir harmoniser l'impôt dans tous les pays membres, empêchant tout Etat d'utiliser la fiscalité pour attirer les entreprises. » Et d'enchaîner sur la France, « tax junkie », et son secteur public plus important que partout ailleurs. « Les 35 heures », en français dans le texte. Je commence à me sentir mal à l'aise. Quand je lui réplique que Sarkozy a fait campagne là-contre: « il a introduit quelques changements progressifs, mais il a énormément peur des syndicats, très efficaces en France ».
Et là, la perle de la conversation. « Heureusement, en Grande-Bretagne, on a eu Mme Thatcher, qui a détruit les syndicats. Elle a tenu bon, elle a fait fermer les mines, et maintenant on s'est enfin débarrassé d'eux... »
Que doit faire le blogtrotteur? Se lever en aspergeant ses hôtes si bien intentionnés? Répliquer à l'inconnu qu'il n'est qu'une énième version monstrueuse de l'enfant gâté? Déclarer sa flamme européenne?
Je ne crois pas, ou n'ai pas le cran nécessaire. Alors j'écoute parmi les bulles qui ont un goût soudain amer. Et l'homme me raconte son bras cassé, pendant ses dernières vacances en France, il me raconte que les médecins l'ont tout de suite opéré sans rien vouloir savoir de la façon dont il allait payer. Il me raconte qu'il vient de recevoir, enfin, la facture: 5000 dollars, quand cela lui aurait coûter « dix fois plus » aux Etats-Unis. Je le vois sourire dans la lumière du jacuzzi. « Dans ces cas-là, j'apprécie les services publics français! » Sans commentaires.