Bruxelles, 7 juillet 2009. Entretien avec François Gobbe, l'un des fondateurs et administrateurs du Réseau international pour la justice fiscale (Tax Justice Network).
« J'ai eu tellement de farces avec des journalistes, qui en fait se fichaient complètement de l'interlocuteur, que je ne donne plus mes renseignements comme ça. » François Gobbe, physicien de formation et administrateur du Tax Justice Network, est d'abord méfiant lorsqu'il me reçoit chez lui ce matin-là, pour parler de fiscalité, de la Belgique et du combat qu'il mène depuis plus de dix ans. Me croit-il un envoyé de la place financière genevoise? Peut-être veut-il seulement s'assurer qu'il sera bien entendu. « Je travaille beaucoup, pour ça », ajoute-t-il en indiquant la pile de dossiers et de copies d'articles qu'il a préparée à mon intention, dans son bureau tapissé de journaux et de livres.
« Ça », c'est la lutte contre l'injustice fiscale. Commencée d'abord contre la fraude en Belgique, avec les syndicats, pour demander la levée du secret bancaire fiscal et permettre ainsi l'impôt sur la fortune, via un répertoire des fortunes du pays. Mais les choses sont depuis allées beaucoup plus loin: en 2003, lors du G8 à Evian, François Gobbe est en Suisse, où il tient notamment un stand d'information avec l'ONG Attac. Avec une dizaine d'autres Européens, il y lance l'idée d'un réseau international contre l'injustice fiscale. Le Tax Justice Network (TJN) est né.
« Avec le TJN, on ne s'occupe plus seulement de fraude: il est question du système financier actuel, bâti sur l'évasion fiscale et dans lequel on peut faire tout et n'importe quoi en toute légalité. C'est un système profondément injuste, car il enrichit les riches et appauvrit les pauvres. » Le TJN pose donc une réforme de la finance dans notre société actuelle comme point de départ à tout objectif de développement. « Ces derniers temps, les ONG de développement se rendent compte qu'il faut prendre la question financière plus au sérieux: pour un dollar d'aide qui va au Sud, en tout cas le double repart dans l'autre sens. L'ascenseur financier a inspiré l'argent, et les gens n'investissent plus dans l'économie réelle. »
C'est là tout le problème pour le TJN: il postule que depuis les années 60 et 70, le développement néolibéral de la sphère financière, de plus en plus détachée de l'économie réelle, a engendré des profits énormes dans des secteurs très limités mais une stagnation voire une régression des salaires pour les classes moyennes et les bas revenus. Et les profits réalisés par les banques sont au cœur de ce problème. « De la tradition keynésienne de redistribution, donc d'augmentation des salaires, on est passé au système du crédit. Nous sommes pour revenir à cette redistribution et pour augmenter les salaires. Pour éviter que les gens ne doivent emprunter et fassent tourner la machine du crédit, de l'économie d'aventure ».
La machine du crédit, l'économie d'aventure, cela ne vous rappelle rien? Les prêts à l'immobilier aux Etats-Unis et la spéculation qui les a accompagnés, la crise financière qui en a découlé, puis la crise économique. Autant de questions actuelles et fondamentales, que François Gobbe évoque avec un mélange d'espoir et de désenchantement. Car les choses avancent lentement. Le secret bancaire, en Belgique, date du XIXe siècle, du temps où une bourgeoisie de l'acier et du charbon faisait du plat pays la troisième ou quatrième puissance économique mondiale. « De quoi rassurer les Suisses: ce ne sont pas les inventeurs du système », sourit François Gobbe. Un système qu'il estime donc durablement installé, d'autant que ceux qui ont profitent, comme par exemple les avocats d'affaires et leurs salaires très élevés, ne veulent pas y renoncer. On sent pourtant qu'il a envie d'y croire. Vous trouverez l'interview complète dans le fichier ci-joint:
En savoir plus sur le Tax Justice Network. A recommander: Christian Chavagneux et Ronen Palan, Les paradis fiscaux, éd. La Découverte, 2007.







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