Algéciras et Gibraltar: le Maghreb sur le continent
Eclairage sur une Europe métissée, imprégnée par l'Orient et le monde arabe.
Chaleur accablante, soleil au zénith, terre rocailleuse, les conditions idéales pour l'apparition de mirages. Sur le fond magique du détroit de Gibraltar, les murs blancs et le minaret de la mosquée sont pourtant bien réels et témoignent de la proximité de l'Europe avec l'Afrique du Nord.
Tolérance communautaire. A Gibraltar, peuplé de 30'000 habitants issus d'horizons éclatés, les musulmans représentent une population d'environ deux milles âmes, tous sunnites, dont près du 90% est originaire du Maroc. La présence marocaine décolle à partir de 1960, lorsque l'Espagne franquiste décide de fermer les frontières avec Gibraltar et rapatrier en masse ses ouvriers. Amputée de cette force de travail, l'enclave a dès lors favorisé l'immigration de ressortissants marocains pour combler ce manque de bras. Depuis, beaucoup sont restés, se sont mariés et sont maintenant totalement intégrés. Et à l'heure actuelle, le gouvernement fourni de gros efforts conjointement au Royaume-Uni, afin de négocier l'assouplissement des procédures de transit via l'Espagne. A Gibraltar, on ne parle pas de discrimination, qu'elle soit ethnique, confessionnelle ou professionnelle. La xénophobie n'existe pas, du moins n'est-elle pas perceptible. Pas de tags racistes ni de tensions intercommunautaires. Dans la rue, les femmes en djellaba cotoient juifs en kipa sans même les remarquer. Albert Finlayson, secrétaire général au Ministère de la Culture, ajoute: «La question de l'identité à Gibraltar est un peu à l'image de New York. Que des étrangers, mais tous new-yorkais». Dib, originaire de Tétouan et habitant le Rocher depuis 1981, accepte de m'ouvrir les portes de la mosquée – construite au début des années 1990 grâce au financement du Roi Fahd – en dehors des heures, privilège considérable. Le Djebel Mûsi sort de la brûme qui recouvre la mer, signe que l'Afrique est là, à portée de main. «Le Maroc, mon ami, c'est juste en face. Droit devant Ceuta, puis Tétouan, chez moi, et à droite Tanger, à 45 kilomètres».
Marruecos. De l'autre côté de la frontière, Algeciras et son terminal maritime titanesque lancent cargos et ferry à l'assaut de la Méditerranée et des ports de l'Afrique du Nord. Pour l'année 2007, le port d'Algeciras totalise un trafic de 75 mio de tonnes, ce qui le place largement en tête de l'échelon national, devant Valence et Barcelone. Baignants dans les mêmes eaux, Maroc et Espagne se resserent. Vendredi prochain, le chef du gouvernement espagnol José Luiz Rodriguez Zapatero effectuera ainsi sa première visite officielle vers son homolgue marocain, le roi Mohamed VI. D'après le quotidien El Pais du 6 juillet, les deux dirigeants devraient notamment s'entretenir au sujet d'un projet commun destiné à favoriser l'éducation dans le Maghreb et réduire le taux d'analphabétisation. En retour, l'Espagne compte énormément sur le Maroc pour régler les questions d'immigration clandestine et de terrorisme (Diario de Cadiz, 7 juillet). Une visite qui tombe par conséquent à pic dans le contexte du projet français d'Union pour la Méditerranée (UPM).
Ballet incéssant de navires et horreur urbaine, c'est néanmoins au sein d'Algeciras même que se cache la beauté du métissage arabe. Dans ce troquet populaire de l'Avenida de la Marina, point n'est besoin de fermer les yeux pour se laisser gagner. On parle, on lit, on mange et on vit arabe. Dans le salon de l'auberge, une merveille au plafond travaillé de formes géométriques et de lignes savamment entrelacées, Youssef et le patron sont assis sur de gros coussins rouges et dégustent des pâtisseries traditionnelles, un verre de thé chaud à la main. Youssef, un Marocain vivant à Liège, se plaît à disserter sur les questions de brassage culturel. «Ici, tu es déjà à Marrakech», dit-il, avant de s'excuser et se lever pour se rendre à la prière du soir.

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