Noblesse brusquée
Terrasse du café Vecchia Trapani. Des fauteuils en osier confortables, de gros coussins moelleux et de l'ombre surtout. Je prends un journal au bar et vais m'asseoir, avec une salade et une bouteille d'eau. Entre un verre et deux feuilles, j'écris quelques lignes dans mon calepin. A la table d'à côté est assis un couple de vacanciers, la cinquantaine environ. Monsieur bois une bière et Madame lit son magazine. Sur la table devant lui, le quotidien la Reppublica, lu et plié. Jusqu'ici, tout va bien.
Ayant envie de lire un peu la presse italienne, je demande gentiment à mon voisin de bien vouloir me passer le journal, ce qu'il fait fort aimablement. Et c'est là, cher public, qu'à lieu un coup de théâtre que je n'avais encore jamais eu l'occasion de vivre, apothéose de la bêtise humaine. (Lectrices rassurez-vous, ce texte et son auteur ne sont pas misogynes, loin de là).
Donc, Madame se tourne vers Monsieur et, scandalisée, lui fait une scène à mi-voix à propos de son geste qu'elle trouve fort déplacé. «Non mais c'est pas possible, t'es c* ou quoi, je veux pas que tu lui donnes le journal, je t'ai dit que je voulais le lire» et blablabla et blablabla. Lui, évidemment dans de beaux draps et mal placé, temporise. Je fais semblant de rien et continue à lire le sacro-saint journal de Madame. Je tourne et retourne les pages, on est d'accord c'est un journal et c'est fait pour ça. Du coin de l'oeil, je l'aperçois qui fulmine. Son mari, le pauvre, en ramasse plein la figure. «Non mais m*de, tu lui dis maintenant c'est tout, je veux mon journal!» Dix minutes plus tard, le pied au mur et le Glock sur la tempe, il se tourne vers moi et exécute dans un souffle son devoir conjugal: récupérer le journal de Madame. «Bien sûr, tenez, prego, mais je croyais qu'il appartenait au café.» Et là j'ai le droit à la plus belle remarque que l'on m'ait jamais faite, la preuve par A+B que l'être humain peut-être, pardonnez-moi l'expression, con comme un balai. Madame me lance une véritable poésie d'un verbe profond: «Ah parce que non, ça ne va pas, c'est mon journal je l'ai acheté il est à moi (sic). Si vous voulez lire, allez en acheter un vous-même au tabacchino!» Certes, dis-je, ébahi par tant d'enfantillages. Elle poursuit (cher public, c'est l'apothéose de la pièce): «Parce que s'il y a bien une chose que je ne supporte pas, c'est les journaux pliés!» Dit texto, véridique. Et bam. Là je suis par terre, à pleurer de rire... ou de désespoir, je ne sais plus.
Et bien ma chère, si tu ne supportes pas un journal plié, reste chez toi à jouer avec ta dinette et tes gants blancs... La bienséance veut que je n'écrive pas le flot de gentillesses qui me passe par la tête en ce moment. Sachez juste que j'ai pris le soin de sauver la face, à la japonaise.
La face A, la voici:
Et la face B, la voilà:










Heureusement que le ridicule et la bêtise ne tue pas!
Rédigé par: Anna | mercredi 23 juillet 2008 at 17h51
salut Michael,
ça me fais trop rire ce genre d'histoire y en a vraiment certains qui sont perdus pour des broutilles.ce genre de petites histoires ça me rapelle presque la M.....hihi
bonne soirée
Rédigé par: laure | mercredi 23 juillet 2008 at 19h44