Les feux d'artifices, une dernière étincelle anime ce blog qui a vécu intensément pendant six semaines.
J'ouvre cette immense carte, l'Europe. Mais qu'est-ce exactement? Ou s'arrête-t-elle?
Toutes ces formes biscornues et colorées, modelées par les eaux, les
montagnes, le temps et l'histoire. Je me sens comme dans le meilleur
des restaurants, avec devant moi un choix infini de mets et de saveurs
plus ou moins inconnues, tous à disposition, au bout de mon doigt, mais
tellement différents.
Le temps presse mais je flâne, ma lorgnette se
laisse emporter au gré des lettres noires imprimées sur la carte. Comme
le dit la chanson de Mannick, l'Europe est une fille aux cents visages,
tantôt folle et tantôt sage. Moi je la veux renversante, je veux la
respirer comme le grand cru des parfums en vogue, qu'elle m'inspire,
qu'elle m'enivre.
Découdre ce fameux patchwork culturel et en faire une toge personnelle qui puisse plaire aux yeux du monde, ça c'est un défi!
Nouvelle cuisine: retourner la carte, monter sur la table des poètes
disparus et relooker notre "vieux" continent. Mer du Nord, ma nouvelle
Méditerranée, l'Angleterre, la botte et l'Irlande sa Sardaigne.
A vol d'oiseau les distances sont dérisoires mais la réalité est autre. Je vais demander à Monsieur Petit-Poucet qu'il me prête ses bottes des
sept lieues, non en fait, ce qu'il me faut c'est les bottes des six
lieux. Heureusement, finie l'époque où les bottes étaient réservées à
l'aristocratie, Easy-jet, Ryan Air, Air Baltic et compagnie sont là
pour me téléporter au prix d'une poignée d'Euros.
"Un projet sculpté sur mes désirs les plus fous. Six semaines, six
villes, cinq jeunes qui partagent la même envie, la même curiosité...
ajoutez à cela un soutien éditorial et logistique dans les périples
quotidiens de l'écriture; l'équation est théoriquement parfaite et la
réalité journalière ajoutera les poussières d'imprévues qui en
feront de nos milliers de mots et d'images, des articles inédits."
Tels furent mes mots dans ma lettre de motivation à l'Hebdo...
l'euphorie était à son comble à l'orée du projet et l'expérience a de
loin dépassé mes attentes. Certes, comme tous l'ont déjà dit, chacun à
sa manière, comme toujours, les abîmes qui ont séparé nos illusions,
nos idéaux, du résultat quotidien ou hebdomadaire ont parfois semblé
sans fond. Les frustrations, les angoisses nous ont probablement tous
habités. Pourtant alors que je conclus, le plus lentement possible ce
blog, l'ombre d'une nostalgie se profile déjà. Ou devrais-je dire
peut-être, la naissance d'une conviction; j'aime écrire! Non seulement
écrire mais découvrir, partir de rien, arriver le lundi presque vierge
de toute connaissance de l'endroit, des gens que je vais rencontrer,
des portes qui vont s'ouvrir, ou non. Une adrénaline qui se diffuse de
manière exponentielle au fil des jours de la semaine, où le temps se
fait chaque fois plus précieux, le délai se rapproche, l'exaltation
épuisante est à son comble. Courir partout, à la recherche de ce qu'une
ville a à nous donner, ou de ce que l'on a à lui prendre, parfois de
force. Voler ses endroits insolites, révéler ses dessous, respirer les
paroles d'une âme rencontrée en chemin, s'abreuver de son histoire pour
la laisser s'en aller à jamais l'instant d'après. Baptême du non-ennui.
Voilà comment j'appellerais mon voyage.
Initiation au culte du travail,
de l'effort, récompensé ou non. Solitude enrichissante, car génératrice
de nouvelles rencontres divertissantes ou intéressantes. Confirmation
d'une passion, celle de l'écriture.
Même si le blog ne permettait pas
vraiment de s'étaler en tartines philosophiques, ni de répandre de
manière plus littéraire les émotions permanentes qui m'habitaient, il
m'a permis de cultiver une écriture plus familière, plus humoristique
(enfin, ça c'est à vous d'en juger), plus apte à partager avec tous des
anecdotes ou des récits de genres les plus divers. Et surtout, et ça je
ne remercierai jamais assez l'Hebdo, de m'avoir offert une telle
opportunité, endosser le costume fascinant de journaliste.
Ai-je honoré
ce somptueux mais exigeant attirail comme il le fallait, comme on l'attendait de moi? Je
ne sais pas, mais expérimenter alors que je n'ai que 19 ans, la réalité
d'une profession qui m'a toujours inspiré m'a définitivement subjugué.
Jongler avec les facettes de blogtrotteuse, celle qui tente de
nous faire écrire avec un regard frais, innocent, étonné et amusé sur
le blog, et cette autre, plus rigoureuse, plus "journalistique" qui nous
pousse à concentrer en 4'000 caractères un sujet original d'une manière professionnelle qui m'était alors encore totalement inconnue. C'est dur, mais j'adore ça!
En espérant que vous avez pris autant de plaisir à me lire que j'en ai eu à vous écrire, je vous remercie. A vous que je ne connais pas forcément mais qui avez permis à mes simples mots de prendre vie par votre seul regard, transformant des expériences personnelles en débats, réflexions, rires ou
consternations. A vous qui m'avez soutenue d'une manière ou d'une autre.
Alors que certains détestent les adieux, moi je les aime. La tristesse présente est synonyme d'un passé qui mérite qu'on le regrette et d'un futur plein d'espoir, car la larme qui coule de ma joue n'est rien d'autre qu'une première goutte dans l'océan de perspectives et de rêves dont cette aventure est la source.